96 – Cité-jardin (3/3)

Ah, l’adulation, par bonheur il arrive qu’elle fonctionne, chers rescapés de l’espèce. Je me sens tout chose. #RescapesdelEspece

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Marie-Josèphe Pontillon, Jacques Pelletier alors sénateur de l’Aisne et Michel Faucher.  ©Philippe de Gravil.

       Ne pensez pas qu’en raison de cette forme de distance et de retenue qui me quitte rarement, je ne puisse pas succomber à la ferveur collective qui emporte les foules. C’est rare, mais elle m’a accompagné à chacun de mes rendez-vous avec Barbara. Dès qu’elle se produisait à Paris ou en petite couronne, nous courions communier, Michel et moi. Cette adoration aura culminé un soir, au Zénith, où comme toute la salle je brandissais mon briquet à gaz – acquis pour l’occasion – dont les flammes ne s’éteignaient brièvement que lorsque la brûlure du doigt appuyant sur le loquet devenait insupportable. Non content d’assister à ses prestations en région parisienne, Michel collectionnait les enregistrements. Bref, sinon des fêlés du moins étions-nous des fans de cette icône gay, parmi tant d’autres.

        Dans un autre registre, Dalida a rempli la même fonction, puis, plus tard et de manière éphémère, Ute Lemper, ce succédané de Marlene Dietrich. Notre passion pour Barbara avait conduit Marie-Josèphe Pontillon, alors maîtresse de maison régnante à l’hôtel de ville de Suresnes, à nous inviter lors du passage de l’artiste au Théâtre Jean-Vilar de la cité-jardin. Ce quartier de logements sociaux a été imaginé dès 1921, et créé sur les terres de l’ancienne ferme impériale de la Fouilleuse, par le socialiste Henri Sellier qui, à l’aube du XXe siècle, fut l’un des lointains prédécesseurs du sénateur Robert Pontillon à la mairie avant de devenir ministre de la Santé publique dans le gouvernement de Front populaire.

         Lors de la réception privée qui suivit, Majo ne lâcha pas Barbara d’une semelle et, sous nos yeux admiratifs et en partie sans doute aussi pour nous éblouir Michel et moi, elle entreprit de draguer la chanteuse. L’assaut fut mené dans les règles de l’art, avec un détachement feint mais une technique sans faille. À l’évidence, ce jeu ne laissait pas insensible une héroïne du soir loin d’être ingénue. Elle se prêtait au pas de deux avec des chatteries d’une ambiguïté calculée. Dieu seul – à moins qu’il ne s’agisse du Diable – sait jusqu’où le ballet se serait prolongé dans un autre contexte.

       En petit comité, dès que l’effet de foule ne se ressent plus, les enjeux changent. Faute de support, l’adulation n’a plus lieu d’être. Elle cède la place aux rites traditionnels de la séduction. La vedette retrouve le centre de l’échiquier. Elle redevient la pièce maîtresse à conquérir. Pour emporter la partie, les stratégies s’exposent. Jouer importe plus que gagner.

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Thierry Pfister et « Majo » Pontillo

 

 

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