14 – Victimes (2/3)

Desperate Housewives : êtes-vous fans, chers rescapés de l’espèce ? Parce que la variante hexagonale existe. Certes à la sauce anglo-saxonne. Goûtez !  #RescapesdelEspece

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Penelope Fillon

(mise à jour : 30 octobre 2017)    

       La publication des lettres de Mitterrand a conduit une fraction de l’intelligentsia de gauche à embellir l’imagerie et à faire du personnage ce qu’il n’était pas. Certains ont voulu le transformer en polyamoureux (1). Un abus de terme. Les fondements de cette forme d’amour, qui se distingue des unions traditionnelles, doivent être posés par les intéressés dès l’aube de la relation, de manière consciente. Chacun doit y souscrire et y trouver son épanouissement. Les lettres proposent une version recomposée. Les faits disent autre chose. Sa vie durant, Mitterrand aura pris soin de cloîtrer cette femme tant chérie. Non pour respecter une pudeur que d’autres hommes, par soumission à leur dieu, protègent d’un voile, mais parce qu’elle devait demeurer à l’abri des regards afin de préserver une ambition. Une ambition intime pourrait-on dire. Une femme aimée, mais pas au point de lui sacrifier un scrutin. La grande âme ! Pendant ce temps, le coq ne s’interdisait ni se privait de continuer à picorer de-ci, de-là. Dans cette relation, François Mitterrand est demeuré fidèle à sa nature de prédateur. Conforter une carrière exigeait de maintenir les apparences d’un mariage de complaisance. La femme aimée comprendrait. Comme sur les terres où règne la polygamie, la première épouse conserve la préséance. Les plus jeunes, qui viennent satisfaire le patriarche, doivent accepter cette règle. Anne Pingeot a consenti. C’est son choix. Elle reconnaît à présent qu’elle a « accepté l’inacceptable (2) ». Elle a, au passage, renoncé à cette bergerie landaise qu’il lui avait promise au printemps de leur relation mais que l’épouse a exigé de conserver. Car sur ces territoires partagés, des frontières n’en sont pas moins délimitées. Quel respect de la Femme derrière ce comportement !

         La frange LGBT-friendly des Églises protestantes défend l’émergence d’une pastorale inclusive qui admet que l’ambiguïté de la sexualité peut être promesse de bonheur et de plénitude. Elle l’oppose à une relation livrée à la violence, aux rapports de domination, de possession et d’exploitation. « Dès lors, résume Pierre Bühler, les clivages possibles ne s’établiront plus selon les orientations sexuelles, l’une étant bonne et les autres abominables. La sexualité pourrait ainsi être régulée par un autre tiers, celui de l’asservissement ou de la liberté qui peut y régner (3). » Au regard de ce critère, François Mitterrand a préféré demeurer fidèle aux valeurs de son éducation catholique traditionnelle. Il a conduit sa vie amoureuse selon les préceptes de sa contemporaine, l’actrice Zsa Zsa Gabor. Parmi les innombrables aphorismes qu’elle a semés durant sa longue existence, elle répétait : « Être aimée, c’est une force. Aimer est une faiblesse. »

    Dans ce sillage conventionnel, les chefs de file de la gauche socialiste, qui proclament si volontiers leur engagement en faveur de l’émancipation féminine et de la parité homme-femme, ne cessent de prolonger le divorce entre une position théorique et la réalité du mode de vie qu’ils organisent et gèrent avec soin. « La polygamie, écrit le psychiatre et anthropologue Philippe Brenot (4), est un avatar de la domination masculine. » François le petit, ce Hollande qui adore prendre Mitterrand en modèle et se comparer à lui, ne mesure pas le grotesque de ce type de prestations. Elles ne font que souligner son insignifiance. Il nous a offert, avec ses trois concubines simultanées et successives à la fois, sa conception du rôle de la femme au début du XXIe siècle. Bien qu’il peine à leur tenir la dragée haute, lui chez qui toute autorité fait défaut, il maintient le code ancestral. La première compagne, la mère des enfants, conserve la préséance. Les suivantes sont répudiées lorsqu’elles deviennent envahissantes, tandis que les soumises sont cachées autant que faire se peut.

        A en croire son témoignage, l’actrice Charlotte de Turkheim (5) a vécu une histoire d’amour intense avec Jean-Christophe Cambadélis durant les années 1970. Elle le définit comme « une bombe ». Cette jouissance charnelle était sans doute partagée mais, là encore, pas au point que la relation soit socialement et politiquement assumée. « Il allait à une réunion trots­kiste je ne sais plus où, raconte-telle. Il était très trots­kiste à l’époque. Et au dernier moment, il s’est dit que ce n’était pas possible d’emme­ner une fille qui s’appe­lait Anne-Char­lotte de Turck­heim ». A l’inverse d’Anne Pingeot, elle n’a pas « accepté l’inacceptable » et elle a préféré rompre. Ces hommes « de gauche » me font penser aux gratte-monnaie de jadis qui pelaient les pièces en trichant sur leur poids afin de s’assurer un maigre profit. Il n’est guère besoin, chez eux, d’ôter une couche épaisse pour voir surgir, sous leur vernis de progressisme affiché, les comportements et les références les plus rétrogrades.

      Pour se convaincre que la situation à droite n’est guère différente, il suffit de regarder le visage de Penelope Fillon. Et cela avant que l’esprit de lucre de son époux ne l’ait précipitée dans les affres d’une médiatisation extrême. Lorsque « Envoyé spécial » a diffusé (6) une interview vidéo de quarante-cinq minutes que l’épouse du nouveau Premier ministre avait accordée, en 2007, au Sunday Telegraph, ce qui transparaissait de son existence était pathétique. Elle esquissait ce genre de sourire figé de femme prisonnière et soumise qu’arborait Melania Trump durant l’investiture de son Donald de mari. Une expression qui avait conduit des internautes à lancer une campagne Free Melania afin de la délivrer de sa prison intime. L’origine du vague à l’âme de Melania n’est plus mystérieuse. US Weekly a révélé que le couple présidentiel américain faisait chambre à part. J’imagine que c’est à l’initiative de Melania. Amanda Lear a rapporté (7) une confidence que lui avait faite une précédente épouse du quarante-cinquième Président, l’ancien mannequin tchèque Ivana Zelníčková. Elle a été, durant quinze ans, Mme Trump. « Quand elle était avec Donald, chaque fois qu’il voulait faire l’amour avec elle, il mettait mon premier CD, Follow Me… Ça l’excitait. Il ne pouvait tirer Ivana qu’en écoutant Amanda ! », a rapporté, en riant, celle qui fut la muse de Salvador Dalí. À l’inverse, Melania ne doit pas apprécier la voix d’Amanda Lear.

      Penelope, à en croire les internautes (8), a ému une fraction importante des cinq millions de téléspectateurs qui s’étaient mobilisés pour l’écouter. « J’ai toujours vécu comme n’importe qui d’autre, expliquait-elle, il y a toujours les choses horriblement ennuyeuses que vous devez faire, mais Paris est un endroit merveilleux pour faire des choses, des expositions… Je me suis inscrite à l’université, en anglais. Je viens tout juste de commencer. Je me suis soudain rendu compte que tout ça, le tourbillon avec les enfants… Si je n’avais pas eu le dernier, je serais sans doute allée chercher un travail, mais… Je me suis tout à coup rendu compte que mes enfants ne me voient que comme une mère. Alors, je leur explique que j’ai un diplôme de français, j’ai fait du droit, j’ai eu le concours d’avocat, je ne suis pas si stupide ! Je me suis dit que ça me remettrait au travail, que ça me stimulerait. » Autant dire que, ignorée par son époux, cantonnée aux tâches domestiques et dévalorisée par ses enfants, elle offrait au moment du triomphe du mâle du foyer, de son entrée à Matignon, un pauvre sourire soumis. L’image de l’épouse traditionnelle qui a eu son premier enfant à 26 ans et le dernier à 45, et dont la vie a été tout sauf épanouissante. Comble, elle apparaît comme la responsable de la crise politique qui a détruit son seigneur et maître alors qu’en réalité elle est, une fois encore, la victime.

     C’est ainsi que l’a perçue Ségolène Royal, mais aussi Léonard Trierweiler, le « fils de », apprenti cuisinier dans la célèbre école parisienne Ferrandi ce qui justifie qu’il manie de la farine et pourrait expliquer qu’il ait parfois le nez plein de poudre blanche. Addict de Twitter, il s’est rendu célèbre par ses échanges musclés avec Louis, autre rejeton connu puisque ses parents sont Nicolas Sarkozy et Cécilia Ciganer. Alors que François Fillon allait se présenter devant la presse le lundi 6 février 2017 à 16 heures, il a gazouillé : « Courage à Penelope, qui n’a pas démérité, qui se bat aux côtés de son mari depuis tant d’années dans un engagement désintéressé. » Il avait conclu avec un ironique hashtag « Ou presque ». Il paraphrasait l’inoubliable tweet (9) par lequel, en juin 2012, sa mère ouvrait la première faille du mandat présidentiel de François Hollande en apportant son soutien au candidat socialiste dissident, adversaire d’une Ségolène Royal adoubée par le chef de l’État, lors de l’élection législative dans la première circonscription de Charente-Maritime.


Notes :

  1. Cf. notamment l’Obs, 12 octobre 2016.
  2.  Entretien avec Jean-Noël Jeanneney sur France Culture.
  3. L’accueil radical : ressources pour une Église inclusive, Yvan Bourquin et Joan Charras Sancho, éd. Labor et Fides, 2015.
  4.  Op. cit. Sex Story, Philippe Brenot et Laetitia Coryn, Les Arènes, 2016.
  5. Entretien avec Philippe Vandel, Europe 1, 29 octobre 2917.
  6.  France 2, 2 février 2017.
  7.  Vogue Paris, avril 2017.
  8.  « C’est “Desperate Housewive“, réagit l’un d’eux. La vie de Penelope semble être d’un ennui profond. Elle semble triste. Détachée. Elle se fait chier. » « Plus qu’un emploi fictif, une vie fictive ! », estime un autre. « Triste », « délaissée », « touchante » reviennent comme une litanie. À en croire de nombreux internautes, elle paraÎt vivre « un ennui profond ».
  9.  « Courage à Olivier Falorni qui n’a pas démérité, qui se bat aux côtés des Rochelais depuis tant d’années dans un engagement désintéressé. » Un mois plus tard, Valérie Trierweiler exprimait des regrets et s’engageait à « tourner sept fois son pouce avant de tweeter ».
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