39 – Sexualité hors normes (1/2)

Convient-il de donner la prééminence à la Foi ou à l’Intelligence ? Cette question a été éclairée de manière différente par les feux de l’Inquisition et par les Lumières du XVIIIe siècle. Attention donc, rescapés de l’espèce, c’est un sujet brûlant.  #RescapesdelEspece

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Catherine de Sienne assiégée par des démons,
anonyme, vers 1500, musée national de Varsovie.

       À la mise au ban de la femme s’ajoute un lien, à travers les divers enseignements religieux, entre des pulsions mystiques et des sexualités hors normes pour ne pas écrire perturbées. Ce que Catherine Clément a nommé Faire l’amour avec Dieu (1) en plaçant sa démarche sous le signe du Testament hassidique du rabbin Israël Baal Shem Tov. Il voyait dans la prière « un coït avec la présence divine ». La philosophe développe le cas de Catherine de Sienne qui refusait les attributs de la féminité et prônait une « sainte haine » contre toute sensualité. Elle a nié et martyrisé son corps, suçant les plaies des malades comme elle prétendra le faire avec le sang s’écoulant du flanc du Christ, assimilant sperme et sang dans ce rapport physique avec le divin, à la manière des vampires en quête d’immortalité. Alors seulement elle pourra affirmer s’être réalisée car elle aura épousé Jésus.

       La nuit de ses noces christiques, elle a raconté avoir vu un cortège nuptial, à l’en croire mené par Marie, et Jésus lui aurait passé un anneau (2) au doigt. Un anneau c’est beaucoup dire, car Catherine de Sienne affirme qu’il s’agissait du prépuce de Jésus. Un prépuce qui a hanté le monde chrétien médiéval et figurait au nombre des reliques rassemblées à prix d’or par Louis IX dans la Sainte-Chapelle. Des prépuces si nombreux qu’il en a été recensé jusqu’à quatorze conservés dans diverses églises d’Europe, offrant à Calvin (3) de quoi brocarder les dérives du catholicisme. Depuis, l’Église a enfoui ces bouts de cuir au fond des réserves vaticanes. Elle fait silence sur le sujet, reprenant la règle du Premier ministre Benjamin Disraeli, édictée au sein de la monarchie britannique depuis Victoria : Never explain, never complain (4). C’est la conséquence d’un de ces aggiornamento, comme on disait dans les années 1960 lors du concile Vatican II, qu’elle effectue siècle après siècle, souvent sans le dire, afin de gommer une partie de ses décalages avec la société. Imaginez qu’il vienne à quelqu’un l’idée de pratiquer une recherche ADN sur ces reliques. Sur quel bestiaire déboucherait-on ?

       Tandis que Catherine célébrait ses noces avec Jésus, dans les rues de Sienne le carnaval battait son plein et la débauche régnait. Comme, trois siècles plus tard, les échos du carnaval romain ont coïncidé avec l’exécution de Giordano Bruno par la Sainte Inquisition, sur le Campo dei Fiori devant le palais Farnèse qui sera attribué à Christine de Suède après son abjuration du protestantisme et sa conversion au catholicisme, avant de devenir l’ambassade de France. La statue qui sur les lieux du supplice rappelle ce crime reçoit ma visite à chacun de mes passages dans la capitale italienne. J’honore ainsi deux Bruno ayant péri au milieu des flammes. En brûlant vif ce moine dominicain au terme d’un septennat de procédure, l’Église catholique entendait réaffirmer la primauté de la foi sur l’intelligence en un temps où les divers courants de la Réforme sapaient les fondements de l’autorité papale. Cette conception d’une société humaine dépourvue de liberté de pensée et se bornant à respecter le code imposé par l’autorité avait déjà conduit l’Église, à l’inverse, à élever la dominicaine Catherine au rang de sainte (5). Quelques décennies plus tard, ce n’est pas l’Inquisition mais le parlement de Toulouse qui fit brûler, après lui avoir fait trancher la langue, l’Italien Giulio Cesare Vanini coupable d’avoir, dans ses écrits, critiqué les divers dogmatismes chrétiens et de pervertir la jeunesse en s’intéressant de trop près aux garçons.


Notes :

  1. Albin Michel, 2017.
  2. Dont, disait-elle, elle ressentait la présence mais qu’elle seule pouvait voir, bien sûr.
  3. Jean Calvin, Le Traité des reliques, éd. Ampelos, 2009.
  4. Ne jamais expliquer, ne jamais se plaindre.
  5. Patronne de Rome, de l’Italie, de l’Europe et des métiers de la communication pour avoir, plume en main, défendu la papauté romaine contre celle d’Avignon. Bien qu’analphabète, elle est l’une des quatre femmes à avoir été élevée à la dignité de docteur de l’Église.
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