73 – Précipitation brouillonne (1/2)

Et quand les dirigeants politiques s’y mettent, en particulier en période électorale, croyez-moi, rescapés de l’espèce, nous ne sommes pas au bout du rouleau (quoi qu’en pense le bébé Lotus des publicités de naguère). #RescapesdelEspece

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François Fillon

       Plus ou moins délibérée, l’exploitation d’informations glanées et réorganisées selon le schéma qui convient au but poursuivi peut correspondre à une stratégie de propagande. C’est souvent le cas durant les campagnes électorales. En 2011, Valérie Trierweiler avait cru piéger Jean-Luc Mélenchon en le confrontant à une interview que celui qui était à l’époque sénateur socialiste de l’Essonne avait accordée au Quotidien de Paris… vingt ans auparavant. Le titre en est : « Le seul parti qui réhabilite la politique, c’est le Front national ». Depuis des décennies cette formule est exploitée par la fachosphère contre le chef de file des Insoumis. Elle a été reprise en hâte par une ancienne journaliste politique qui semble avoir oublié ses réflexes professionnels. Il se trouve que dans le corps du texte Mélenchon expliquait : « Le pays est assis sur une poudrière de gens qui ne supportent plus la situation actuelle. Ces gens-là veulent du changement, mais nous ne proposons toujours rien, alors ils vont voir ailleurs. Le PS a abandonné la politique. Je vais vous dire quelque chose d’affreux : aujourd’hui, le parti qui réhabilite la politique, c’est le Front national. » Nuance.

        François Fillon a fait montre d’une démarche aussi brouillonne, durant la campagne présidentielle, lorsqu’il a tenté de rasseoir une candidature déstabilisée. Il n’avait pas lésiné sur les moyens mais à chaque fois en bafouant ses précédentes déclarations. Comme si les contradictions ne suffisaient pas, il a franchi un palier supplémentaire en ayant recours à des fake news, à de fausses informations. Il a repris au journal de 20 heures de France 2 (1) un argument utilisé par Madeleine de Jessey, porte-parole de Sens commun, la branche politique active de La Manif pour tous, quatre jours auparavant sur Twitter : « Vive la conscience morale&pro des journalistes qui auront annoncé le retrait de FF, le suicide de Penelope & la démission de P. Stefanini. » Aucun média, aucune chaîne de télévision n’avait mentionné à un moment ou un autre un possible suicide de l’épouse du candidat. Ce qui n’a pas empêché François Fillon, à la manière d’un Donald Trump, de l’affirmer face aux téléspectateurs.

         L’ancien Premier ministre a remis le couvert, toujours sur France 2 (2), à l’occasion du dernier rendez-vous télévisé des onze candidats avant le premier tour de scrutin. Le meurtre d’un policier sur les Champs-Élysées ayant été connu durant l’émission, le candidat de la droite, qui en raison des fonctions qu’il a exercées connaît le risque de panique que fait courir toute information anxiogène dans pareil contexte, n’avait pas hésité à dire que des « attaques » avaient eu lieu « dans Paris », en plus de l’attentat sur les Champs-Élysées. Impossible d’accepter l’argument d’une confusion au sein de son équipe, dans la précipitation d’un événement venant percuter une émission en direct. En effet, au calme, après une nuit de sommeil et la possibilité de faire le point sur ce dossier, depuis son quartier général de campagne, le candidat les Républicains réitérait ses propos le lendemain matin. « Il y a bien eu d’autres attaques », a-t-il déclaré, et cela figure « dans des rapports de police ». Or depuis la veille les autorités officielles, qu’il s’agisse des services du gouverneur militaire de Paris ou du ministère de l’Intérieur, ne cessaient de démentir les « rumeurs d’autres événements en cours » et de mettre en garde contre « les bruits qui ont couru ».

       La répétition de ces manipulations prouve qu’il ne s’agissait pas de simples dérapages ponctuels mais d’une technique assumée, à l’exemple du comportement du Président américain. Qu’un ancien chef de gouvernement utilise des fake news pour booster une campagne électorale et conforter son discours montre que nous n’avons, hélas, rien à envier aux États-Unis. Cette référence américaine, François Fillon a continué de la singer en se présentant face à l’opinion, à l’exemple du quarante-cinquième Président, comme la victime d’un complot, la cible d’un « cabinet noir » élyséen.

         Il n’est pas le seul des candidats au scrutin présidentiel à avoir eu recours à ce genre de procédé dont on ne sait jamais à quel degré il relève de l’aveuglement et pour quelle part y entre le cynisme. Une semaine avant le premier tour, L’Express (3) avait compilé les « plus grosses intox de la campagne » en relevant, outre le cas Madeleine de Jessey, les propos de Marine Le Pen annonçant que, si elle était élue, « la naturalisation par mariage ne sera[it] plus automatique », alors que cette automaticité n’existe pas. L’article 21-2 du Code civil fixe une série de conditions à remplir pour qu’un étranger épousant un Français obtienne la nationalité française. Sans oublier le faux diffusé sur Twitter, après le débat télévisé entre les onze candidats, par Wallerand de Saint-Just, le trésorier du FN. Il faisait référence à un pseudo-sondage du Figaro selon lequel Marine Le Pen aurait été jugée la plus convaincante. Le Figaro a démenti son existence.

          Le recours à des documents falsifiés a été réitéré, en toute fin de campagne, après une visite mouvementée de Marine Le Pen à la cathédrale de Reims. Le vendredi, quelques heures après les incidents mais avant la clôture de la campagne, plusieurs dirigeants frontistes, dont Florian Philippot, ont diffusé un SMS attribué au mouvement d’Emmanuel Macron qui aurait servi à rassembler des militants pour perturber la visite rémoise de leur candidate. Il contenait des formules comme « Faut la tuer ! », la « siffler », la « huer », la « bousculer ». Dans la foulée, le site américain BuzzFeed News prévenait sur Twitter : « Cette image est un photomontage : sur iOS, l’heure du message serait affichée 9:32 et non 9H32. » La répétition de ces pratiques mensongères, fondées sur des faux, témoigne du cynisme avec lequel a été menée la propagande de l’extrême droite. Quant à Benoît Hamon, après avoir proposé la légalisation du cannabis, il avait affirmé que le Portugal avait déjà adopté cette mesure. En réalité, ce pays a simplement dépénalisé la consommation. La production et la vente de cannabis demeurent interdites. La liste est sans fin.


Notes :

  1. 5 mars 2017.
  2. 20 avril 2017.
  3. 16 avril 2017.
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