146 – Jean-Paul II et la rechristianisation

François Mitterrand était fourré dans les églises plus souvent qu’à son tour, et pas seulement pour des raisons architecturales. Michel Charasse, qui fut l’un de ses principaux collaborateurs, refusait d’entrer dans les lieux de culte au nom de sa conception de la laïcité. Ces deux comportements me semblaient abusifs. Pourtant, après de longues réflexions, j’ai refusé de participer à une audience papale. #RescapesdelEspece

b146
Hommage à Enrico Berlinguer : de gauche à droite Lyne Cohen-Solal, un officiel italien, Thierry Pfister et le ministre Marcel Rigout

              À l’aube des années 1970, nous nous étions retrouvés, Michel et moi, à Rome pour les fêtes de fin d’année. Nous avions pris l’habitude, d’abord tous les deux puis avec Miguel, de passer Noël à l’étranger, dans la mesure du possible, afin de nous mettre à distance de la pression sociale liée à cette célébration commercialo-religieuse. Les marchands ont envahi le Temple de manière définitive. Plus personne ne songe à les en chasser. Au moins jusqu’à l’arrivée – ou le retour pour les chrétiens – du Messie, ce qui laisse quand même de la marge.

           Quand les gens ne vous connaissent pas, vous ignorent, l’épreuve de ces festivités préformatées est moins pénible à vivre. New York et son anonymat libérateur nous a plusieurs fois accueillis, parfois en nous réservant un accueil plus que froid, rigoureux. Buenos Aires et Mar del Plata furent également des destinations. Les hasards de la vie sociale nous avaient conduits à vivre le réveillon de Noël chez un jeune couple d’amis d’amis dont nous ne savions que peu de chose, sauf qu’ils militaient au PCI. Des communistes en Italie, surtout dans ces années-là, n’avait rien d’étonnant et n’était de nature ni à nous intriguer ni à nous inquiéter.

              Le dîner traditionnel s’est déroulé dans une bonne ambiance et nous prenions plaisir à découvrir le rituel transalpin. Rien à voir avec les débauches de foies gras, de volailles, de pâtisseries. À l’époque, la mondialisation culturelle alignant les références sur les concepts anglo-saxons à la sauce américaine n’avait pas totalement accompli ses ravages. Les traditions ancestrales restaient peu ou prou préservées. En Italie, les festivités de la Nativité se déroulent sur trois jours car, le 26 décembre, est célébrée la Saint-Stéphane. Une tradition qui se retrouve dans la plupart des pays européens ayant été sous influence catholique[1] et qui a existé en France jusqu’à la séparation des Églises et de l’État en 1905. Cette fête a été fixée juste après celle retenue pour célébrer la naissance du Christ car Stéphane (ou Étienne si vous préférez) a été le premier martyr chrétien. Il est à l’origine du culte des saints. Choisi parmi les sept premiers diacres qui auraient assisté les apôtres, il a été lapidé entre les années 30 et 40 de notre ère, après avoir été déféré devant le Sanhédrin pour blasphème. Il était accusé, au premier chef, d’avoir prononcé le nom de Dieu, en violation des règles juives.

              Du fait de ces trois jours de festivités, il est de tradition, le 24, de se contenter d’un repas maigre à base de poisson avec, en dessert, des fruits secs, des amandes et des noisettes. Les viandes viennent le lendemain, avec les fournées de panettone et de nougats.

              Quant aux cadeaux pour les enfants, que nos hôtes n’avaient pas décidé de mettre en chantier, il était de règle d’attendre la nuit du 5 au 6 janvier et le passage par la cheminée de la Befana, une sorcière chevauchant un balai, pour qu’au matin de l’Épiphanie les enfants sages découvrent leurs friandises, et les autres des morceaux de charbon. La réplique de notre saint Nicolas flanqué du père Fouettard. Le martinet ou le charbon sont une alternative qui se retrouve dans les régions où le couple a sévi. Entre la culture familiale venue de l’Est et une implantation havraise, je n’avais pas complètement échappé, au tournant des années 1950-60, au père La Pouque, comme il est nommé en Normandie, ou à Hans Trapp pour reprendre son patronyme alsacien. Le martinet était d’un usage social reconnu et pendait, à la maison, parmi les instruments domestiques. Sa vue m’a été plus souvent imposée que son cuir. Elle suffisait à faire baisser la tension et à ramener le calme.

             Si la Befana italienne a résisté plus longtemps que notre père Fouettard, elle n’en a pas moins été détrônée par Bobbo Natale, le père Noël de la péninsule, qui distribue les cadeaux le 25 décembre sans attendre l’Épiphanie et les rois mages. Autour de la table de ce réveillon romain, plus personne ne croyait au père Noël. Enfin, sous cette forme. Dans le domaine politique, c’était une autre histoire.

          Nos hôtes communistes expliquaient, avec une once de commisération, à ces pauvres progressistes français encalminés, comment reconquérir les masses. Nous ne pouvions que nous taire et encaisser. Soudain, la maîtresse de maison a commencé à pousser les feux sans que Michel et moi ne comprenions les enjeux. Une certaine hâte se manifesta autour de la table, comme si un événement ou un rendez-vous était prévu. Quand se posa la question de savoir qui allait nous véhiculer, nous nous sommes crus autorisés à demander de quoi il retournait.

– Il ne faut plus traîner si nous ne voulons pas être en retard à la messe de minuit.
– La messe de minuit ?

Je n’en croyais pas mes oreilles. Avec ce côté pataud que je ne parviens pas toujours à dissimuler, j’ai cru devoir commenter :

– Mais vous n’êtes pas communistes ?
– Si, bien sûr, mais nous allons toujours à la messe de minuit. La messe de minuit, c’est différent.

Communistes sans doute mais Italiens sûrement. Dans mon cas, Français sans doute (depuis deux générations seulement) mais voltairien sûrement. J’ai entraîné un Michel hésitant car ses racines catholiques ne le laissaient pas en paix, et nous sommes rentrés à notre hôtel.

           Des années plus tard, j’ai repensé à cette scène lorsque Pierre Mauroy a effectué, le 30 juin 1984, une visite officielle au Vatican dans l’espoir de réduire la fracture que la loi Savary sur le service public de l’éducation nationale avait provoquée avec le monde catholique. Le nombre de personnes admises à l’audience papale de Jean-Paul II était strictement limité. Les amateurs se sont battus pour récupérer ma place lorsque j’ai annoncé que je ne m’y rendrais pas. Mon protestantisme renâclait, mais pas que lui : une certaine vision de l’Europe également.

           Durant ce temps, au nom du Premier ministre français, je suis allé déposer, avec le protocole qui sied, une couronne sur la tombe du Sarde Enrico Berlinguer, secrétaire général du parti communiste italien depuis 1972. À 62 ans, il était décédé au début du mois d’une hémorragie cérébrale. Il avait su gérer la rupture avec l’Union soviétique que Georges Marchais et les siens se révélaient incapables d’assumer. Ce qui n’a pas empêché, après son décès, le déclin et la disparition du PCI comme l’affaissement du PCF.

         J’étais accompagné du « ministre métallo[2] », Marcel Rigout, l’un des quatre communistes siégeant au gouvernement. Ancien tourneur sur métaux, il avait en charge la Formation professionnelle. Au lendemain de la Libération, il était devenu permanent de la fédération communiste de la Haute-Vienne et, à ce titre, avait participé à l’un de ces procès staliniens à la française ayant abouti, en 1952, à l’élimination de l’ancien chef du maquis de la montagne limousine, Georges Guingouin.  En 1944, Guingouin avait présidé à l’épuration sauvage dans la région. Durant ce séjour romain, Marcel Rigout avait commencé à prendre publiquement ses distances avec la direction du parti communiste, qualifiant Georges Marchais d’« homme de l’échec ». Comme tant d’autres avant lui, d’abord dans le sillage du chef de file des ministres communistes, Charles Fiterman, il a progressivement rompu avec le Parti, dès 1987 en se retirant des instances dirigeantes, avant de le quitter en 1990.

               En 1985, quand des carmélites s’installèrent dans les anciens locaux du théâtre d’Auschwitz, la complexité de la politique suivie par le pape polonais fut révélée au grand jour. Mon refus de le rencontrer trouvait sa justification. Déjà, il avait mis un terme aux évolutions amorcées par le concile Vatican II. Elles avaient, il est vrai, commencé à s’enliser avant son accession au pontificat. En octobre 1978, sa reprise de l’injonction biblique « N’ayez pas peur[3] » pouvait apparaître comme une invite à se dresser contre un communisme à bout de souffle. L’affaire du carmel témoignait d’une reprise en main idéologique d’une autre ampleur. Elle tendait à réimposer une lecture catholique de l’Histoire européenne.

            Il en est allé de même, en octobre 1998, avec la béatification du cardinal Aloïs Stepinac. Archevêque de Zagreb et primat de l’Église catholique croate, Stepinac a été un soutien actif d’Ante Pavelic, fondateur du mouvement des oustachis allié des nazis. Pendant la seconde guerre mondiale, Pavelic dirigeait le gouvernement de l’État indépendant de Croatie avec la bénédiction de l’archevêque qui, en son honneur, avait fait célébrer des Te Deum. C’est sur le territoire de cet État que se situait Jasenovac, le plus grand camp de concentration des Balkans. Pendant cette période, un tiers de la population non catholique de Croatie a été exterminé.

          Cette forme de révisionnisme, menée par un homme que le pape François a canonisé en 2014, a fait le lit de la Pologne contemporaine. C’est à Cracovie, l’ancienne capitale royale et la ville dont Karol Wojtyla fut l’archevêque de 1964 à 1978, que depuis le début des années 2000 se vend, sur les étals destinés aux visiteurs et aux touristes, le Juif à la pièce d’argent, une sorte de porte-bonheur censé garantir des rentrées financières. Il fait appel à l’image d’un Juif de caricature, nez crochu en prime, qu’il convient de fixer à gauche de la porte d’entrée du domicile, à la manière de la mezouzah juive. Comme le décrit Ewa Tartakowsky dans une fine analyse de ce phénomène, « selon le rituel associé à l’image, le Juif doit pendouiller la tête en bas le jour du shabbat ; ce jour-là, où il ne peut religieusement pas toucher à l’argent, ni même y penser, il rend gorge métaphoriquement. » « Ce retournement, ajoute-t-elle, conduit à son tour à des débordements. C’est ainsi que le Juif peut être brûlé avec son cadre dans un four lorsqu’il n’apporte pas d’argent [4]. »

                En 2015, l’arrivée au pouvoir du parti Droit et Justice (PiS) a ancré au cœur des institutions polonaises cette réécriture de l’Histoire. Les autorités gouvernementales entendent imposer une vérité officielle concernant les Juifs de Pologne durant la seconde guerre mondiale, à la manière dont nos réactionnaires hexagonaux veulent sacraliser notre « roman national ». L’affrontement avec les historiens s’est polarisé sur l’épisode des paysans de Jedwabne qui ont brûlé, dans une grange, les Juifs de leur village. Ce fait est nié désormais par les officiels, et la responsabilité est renvoyée sur les Allemands.

          Ce combat d’arrière-garde est d’autant plus symbolique qu’il fonctionne en miroir avec ce que les Polonais ont vécu, au printemps 1940, par rapport aux Russes. Dans la forêt de Katyń, proche de Smolensk et de la frontière biélorusse, ont été éliminées les élites polonaises qui risquaient de faire obstacle au régime que les communistes d’URSS prévoyaient d’instaurer la guerre terminée : des officiers d’active et de réserve, au nombre desquels des médecins, des ingénieurs, des enseignants… Je me souviens des tombereaux déversés à mon encontre par L’Humanité parce que je refusais, dans les colonnes du Monde, d’attribuer aux Allemands ce massacre.

            A l’époque, l’Union soviétique niait toute responsabilité. L’indépendance d’esprit du PCF n’allait pas jusqu’à s’affranchir de cette falsification historique. Il aura fallu attendre Mikhaïl Gorbatchev pour qu’en 1990 l’implication des Soviétiques soit reconnue dans l’assassinat des officiers polonais prisonniers de guerre de l’URSS, ainsi que dans celui de plusieurs milliers de civils. C’est alors qu’il se rendait au mémorial de Katyń pour assister aux commémorations officielles organisées pour le 70e anniversaire du massacre, que l’avion de la délégation polonaise s’était écrasé, le 10 avril 2010, provoquant la mort du président Lech Kaczyński.

                 Voici ce que signifie, en termes sociaux et politiques, « la réaffirmation de nos racines chrétiennes » à laquelle les porte-parole de la droite nous invitent benoîtement. Comme si la démarche allait de soi, comme si elle ne prêtait pas à discussion, comme s’il s’agissait d’une de ces « lois naturelles » auxquelles il conviendrait de se soumettre d’évidence. Cette réaffirmation n’est qu’une présentation fallacieuse de la volonté de reconstituer un carcan doctrinal, de lacer à nouveau un corset social qui a craqué. La politique menée en Pologne, avec le soutien de l’Église catholique, en offre l’illustration.

               La lutte contre l’IVG et le mariage pour tous s’inscrit dans cette perspective. Les minorités doivent demeurer en lisière. La christianisation de la Shoah constitue un maillon essentiel de cette reprise en main idéologique. Les bases sur lesquelles elle est menée, les exemples utilisés, relèvent de la technique des fake news. Tel est le cas de la figure du franciscain Maximilien Kolbe, mort en août 1941 à Auschwitz et qui a été canonisé par Jean-Paul II en 1982, contre l’avis de la Congrégation pour la cause des saints. Kolbe est vénéré car il s’était porté volontaire pour remplacer un prisonnier dont les Allemands avaient fait un otage. Sauf que ce geste généreux n’est en rien lié à la Shoah puisque l’homme en question n’était pas juif. À cette objection, les responsables catholiques répondent que Kolbe en aurait certainement fait autant si tel avait été le cas[5]. Il est permis d’en douter dans la mesure où, durant les années 1920, il éditait Le Chevalier de l’immaculé, une publication d’un antisémitisme certain. En outre, comment ne pas opposer à cette certitude supposée quant au comportement de Kolbe une réalité tangible : l’une des filières d’évasion des criminels nazis, au lendemain de la seconde guerre mondiale, passait par le Vatican. Un autre « détail de l’Histoire ».

              Le cas de sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix, proclamée en 1999 co-patronne de l’Europe au même titre que Catherine de Sienne par le pape polonais, offre une autre illustration de cette christianisation rampante[6]. Première femme admise à soutenir une thèse de philosophie dans ce qui était alors l’Empire allemand, militante active de l’égalité entre les sexes, Edith Stein était entrée au Carmel en 1933 après avoir été interdite d’enseignement par les nazis, et donc déjà condamnée au silence public, comme juive. Toutefois, elle avait rompu avec ces racines cultuelles familiales à l’adolescence, sans pour autant les renier, et son cheminement spirituel au sein du courant des phénoménologistes allemands, comme sa conversion au catholicisme en 1921, sont souvent présentées de manière abusive, dans une partie du monde catholique, comme la victoire du « véritable Israël », celui de Dieu, contre la « survivance juive ». Alors qu’après le concile Vatican II et la déclaration Nostra Aetate, l’Église semblait avoir rompu avec son prosélytisme ancestral, la canonisation d’une Juive convertie permettait de renouer avec le vieil amalgame selon lequel la crucifixion aurait fondu Juifs et Gentils dans un seul et même ensemble.

               Rosa, la sœur d’Edith, aura pour sa part préféré attendre le décès de leur mère, juive pratiquante, pour se convertir à son tour. Les deux femmes ont quitté l’Allemagne en 1938 pour les Pays-Bas où elles ont été arrêtées en août 1942, en raison de leur ascendance juive. La rafle dans laquelle elles furent englobées venait certes en représailles des critiques émises par les autorités ecclésiastiques chrétiennes à l’égard de la politique antisémite nazie, mais elle visait quelque mille deux cents Juifs convertis. Elles ont été déportées à Auschwitz dans la nuit du 6 au 7 août et gazées le 9. Une autre sœur, Elfriede, ainsi que le frère aîné, Paul, sont également morts en déportation.

               Du simple point de vue du droit canon, la béatification d’Edith Stein n’allait pas de soi en l’absence de miracles. Dès lors, le souverain pontife a usé de l’argument du martyre en arguant qu’elle serait morte en raison de sa foi, ce qui est, à tout le moins, discutable du point de vue historique. Le cardinal de Paris, Jean-Marie Lustiger, lui aussi d’ascendance juive, avait d’ailleurs transmis au pape une note dans laquelle était souligné : « Il résulte donc que l’arrestation d’Edith Stein, si elle trouve son motif immédiat dans le conflit entre les Églises chrétiennes et les nazis, a sa cause profonde et véritable dans son appartenance juive. » En ce sens, il n’est pas abusif de qualifier la politique conduite à Auschwitz par Jean-Paul II de christianisation de la Shoah. Sur ces terrains se livrent les confrontations politiques réellement décisives.

               Comme pour les fake news, chaque référence est susceptible de constituer un piège. Religions et politiques ont en commun de répondre aussi – à moins qu’il ne faille écrire d’abord – à des visées idéologiques avec pour objectif d’asseoir et d’élargir son influence. Alors, face au rituel de la messe de la Nativité, minuit pour minuit et tradition pour tradition, j’ai longtemps pensé que mieux valait opter pour le rite espagnol du raisin au nouvel an. Il est de règle d’avaler un grain au rythme de chacun des douze coups. L’Espagne vibre, soit en famille devant l’écran de télévision qui retransmet le compte à rebours fatidique, soit dehors sur la place du village avec les autres ou, à Madrid, devant l’horloge de la Puerta del Sol, entre amis. Ils sont des milliers à se déplacer avec leurs grappes puis ensuite, comme sur les Champs-Élysées parisiens ou à Times Square à New York, à faire la fête avec serpentins, confettis et autres langues de belle-mère selon les normes internationales en vigueur de Sydney à San Francisco.

              Il ne s’agit pas d’une habitude venue du fond des âges, à l’image des œufs de Pâques. Pourtant, le rapprochement entre les deux n’est pas dénué de sens. Certes, la valeur symbolique de l’œuf remonte à la nuit des temps et se retrouve dans le Séder de la Pâque juive. La fête pascale chrétienne autour de l’œuf était aussi un moyen d’écouler le surplus amassé durant le carême. La grappe du nouvel an espagnol répond à une logique analogue depuis qu’à l’aube du XXe siècle les producteurs de raisins ont réussi à se débarrasser ainsi d’un excédent de production.

              Je n’ai découvert l’autre versant de cette coutume que de manière récente, depuis que je campe aux portes de la Catalogne. Alors que les fêtes de fin d’année approchaient, une Catalane quinquagénaire m’a raconté les bouffées d’angoisse qui continuaient de remonter, chaque année, à cause de ce rituel. Durant son enfance, lorsque revenait la date fatidique, il lui fallait réaliser une véritable prouesse physique. Tenir la cadence n’est pas facile, surtout pour un enfant, alors qu’il s’agit de raisin de table à gros grains. Elle se souvenait qu’une de ses grand-mères avait droit à un traitement de faveur avec du muscat, moins volumineux. Elle-même en rêvait mais n’y avait pas accès. Elle s’étouffait en crevant de désespoir. Réussir est primordial puisque du succès de l’épreuve dépendent la chance et la prospérité au long de l’année nouvelle.


Notes :

[1] Les orthodoxes célèbrent saint Stéphane le 27 décembre.

[2] Le Métallo ministre, Marcel Rigout, éd. Le Bord de l’eau, 2005.

[3] La formule revient trois cent soixante-cinq fois dans la Bible, autant d’exhortations que de jours dans l’année. Car la peur correspond au péché originel, celui commis par Adam et Ève dans le Jardin d’Éden. « Mais l’Éternel Dieu appela l’homme, et lui dit : Où es-tu ? Adam répondit : J’ai entendu ta voix dans le jardin, et j’ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis caché » (Genèse, 3, 9-10). Parmi les formulations, celle d’Ésaïe : « N’ayez pas peur, et ne tremblez pas. Ne te l’ai-je pas dès longtemps annoncé et déclaré ? Vous êtes mes témoins : Y a-t-il un autre Dieu que moi ? Il n’y a pas d’autre rocher, je n’en connais point » (44,8).

[4] Ewa Tartakowsky, « Le Juif à la pièce d’argent », La Vie des idées , 10 janvier 2017. ISSN : 2105-3030. URL :  http://www.laviedesidees.fr/Le-Juif-a-la-piece-d-argent.html

[5] Cf. Born of the one Father (Au nom du même Père), film coécrit par l’auteur et Gareth Jones, réalisé par Gareth Jones, Channel 4 production, 1991. http://www.scenariofilms.com/au-nom-du-meme-pere/

[6] Sur ce sujet, cf. Yael Hisch, « Edith Stein, une sainte controversée », Conserveries mémorielles [En ligne], #14 | 2013, mis en ligne le 01 juillet 2013, consulté le 15 septembre 2017. URL : http://cm.revues.org/1591

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s